Le psoas, ce muscle qui porte tes émotions (et que tu ignores peut-être depuis trop longtemps)
Il y a des muscles qu'on connaît bien. Les trapèzes, qu'on masse après une longue journée devant l'écran. Les mollets, qu'on étire après une course. Et puis il y a le psoas — ce muscle profond, invisible à l'œil nu, dont on ne parle presque jamais… et qui pourtant, fait porter le corps de toute une vie émotionnelle.
Quand j'ai vraiment rencontré le mien — dans un cours de yin yoga, dans la chaleur d'une posture tenue longtemps — j'ai compris que quelque chose en moi attendait depuis longtemps d'être déposé là.
D'abord, c'est quoi le psoas ?
Le psoas (prononcer "so-as") est un muscle profond qui relie ta colonne lombaire à ton fémur. Techniquement, on parle du muscle ilio-psoas, composé du psoas major et de l'iliaque, qui fusionnent avant de s'attacher sur le petit trochanter de la cuisse.
Il est le seul muscle du corps humain qui relie le haut au bas — la colonne au membre inférieur. C'est pour ça qu'on l'appelle parfois le muscle de l'âme ou encore le cœur du corps.
Son rôle biomécanique est central :
Fléchisseur de la hanche — il soulève la cuisse vers l'abdomen (marcher, courir, monter un escalier)
Stabilisateur du bassin et du rachis lombaire — il participe à la posture debout et à la marche
Acteur de la posture — sa tension chronique bascule le bassin vers l'avant et creuse les lombaires
Le psoas et le système nerveux : le lien qu'on ne t'a pas appris
Ce qui rend le psoas fascinant — et central dans ma pratique de sophrologie et de yoga — c'est son rapport intime avec le système nerveux autonome.
Le psoas est innervé par le plexus lombaire et se trouve juste à côté des piliers du diaphragme. Il est anatomiquement proche des reins et des glandes surrénales, ces petites glandes qui sécrètent le cortisol et l'adrénaline quand on est sous pression.
Autrement dit : quand tu stresses, ton psoas se contracte. Pas métaphoriquement — littéralement.
C'est un réflexe archaïque. Quand le danger approche, le corps se prépare à fuir ou à se battre : il se recroqueville, ramène les genoux vers la poitrine, protège les organes vitaux. Le psoas est au cœur de ce mouvement de repli. Et si le stress devient chronique, si le "danger" ne disparaît jamais vraiment (deadline, conflit, surcharge, sentiment de ne jamais être à la hauteur…), le psoas reste contracté. Des mois. Des années. Parfois toute une vie.
Les signaux que ton psoas t'envoie
Tu reconnaîtras peut-être certains de ces signes :
Dans le corps
Douleurs lombaires chroniques ou tensions dans le bas du dos
Sensation de raideur dans les hanches, difficulté à rester assis·e longtemps
Douleurs à l'aine ou à la face antérieure de la cuisse
Posture cambrée, bassin basculé en avant
Sensation que tu portes quelque chose de lourd "dans le ventre"
Dans l'énergie et les émotions
Fatigue profonde qui ne passe pas au repos
Nervosité, hypervigilance, sentiment d'être toujours "sur le qui-vive"
Difficulté à lâcher prise, à t'installer dans le moment présent
Impression d'être coupé·e de tes sensations corporelles
Si tu te reconnais là-dedans : tu n'es pas seul·e. Et non, ce n'est pas dans ta tête.
Libérer le psoas : une invitation, pas un forcing
La clé avec le psoas, c'est qu'on ne peut pas le "forcer" à se relâcher. Il répond à la sécurité, pas à l'effort. Plus tu pousses, plus il résiste.
Ce qui lui parle, c'est le temps, la douceur, et la présence.
Voici quelques approches que j'intègre dans mes séances :
La posture que je recommande en priorité : Anjaneyasana, la fente basse
C'est la posture psoas par excellence. Simple d'accès, profonde dans ses effets, et parfaitement adaptée à une pratique quotidienne — même sans tapis de yoga, un plaid sous le genou suffit.
Comment entrer dans la posture :
À partir de quatre pattes, avance le pied droit entre les mains. Le genou droit est à 90°, directement au-dessus de la cheville.
Pose le genou gauche au sol, le dessus du pied à plat (ou les orteils fléchis si c'est plus confortable).
Commence à glisser la hanche gauche vers le bas et vers l'avant — sans cambrer le bas du dos. C'est ce mouvement qui étire le psoas gauche.
Les mains peuvent rester sur le genou avant, ou monter en chandelle au-dessus de la tête — ce qui approfondit l'étirement.
Ferme les yeux. Respire vers le ventre. Reste 1 à 3 minutes.
Change de côté.
Ce que tu vas sentir : un étirement profond à la face antérieure de la hanche arrière — c'est exactement là que vit le psoas. Pour certaines personnes, une sensation de "vibration", de chaleur, ou même une légère montée émotionnelle. Ne force pas, ne retiens pas. Observe juste.
L'intention sophrologique : en tenant la posture, porte ton attention sur la zone d'étirement et imagine à chaque expiration que tu relâches un peu plus de tension — comme si tu déposais quelque chose que tu portais sans t'en rendre compte. Tu peux te donner l'autorisation intérieure : "Je peux laisser ça ici."
💡 En yin yoga, on tient cette posture 3 à 5 minutes par côté — le temps que le tissu conjonctif profond commence vraiment à répondre. Ne te décourage pas si les premières secondes semblent intenses : c'est normal, ça se stabilise.
En yin yoga — la posture du lézard (Utthan Pristhasana)
Maintenue 3 à 5 minutes, dans le lâcher-prise plutôt que dans la performance. On cherche à habiter la sensation, pas à l'éliminer. Le psoas commence à parler — et parfois, des émotions remontent. C'est normal. C'est même le signe que quelque chose se libère.
En sophro yoga — la relaxation dynamique du bassin
Des micro-mouvements conscients du bassin, combinés à une attention portée à la respiration et aux sensations internes. On invite le psoas à se souvenir qu'il peut se détendre.
La posture constructive (Constructive Rest Position)
Allongé·e sur le dos, genoux fléchis, pieds à plat. Simplement là. Laisser la gravité faire le travail. Dix minutes dans cette position peuvent valoir plus qu'une heure de stretching intensif.
La respiration diaphragmatique
Puisque le psoas et le diaphragme sont voisins, travailler la respiration profonde influence directement la tonicité du psoas. Une longue expiration active le système nerveux parasympathique — et envoie au psoas le signal qu'il peut se déposer.
la posture du lézard (Utthan Pristhasana)
Le psoas et le burnout : ce que mon propre corps m'a appris
Quand j'étais en plein burnout, mon corps s'était mis en mode survie depuis si longtemps que je ne reconnaissais plus la sensation d'être détendue. Je marchais vite. Je dormais mal. Je serais incapable de te dire si j'avais mal ou non — j'avais coupé l'accès.
C'est par le yoga, puis par la sophrologie, que j'ai commencé à retrouver ce fil. Et c'est dans les postures de hanches — les longues tenues, les ouvertures profondes — que quelque chose s'est lentement desserré.
Le psoas ne ment pas. Il garde la trace de tout ce que le mental minimise.
C'est pour ça que je lui consacre une place centrale dans ma pratique, et dans ce que je transmets. Parce que prendre soin de son psoas, c'est prendre soin du lien entre sa tête et son corps. Entre qui on est et comment on se tient dans le monde.
Pour aller plus loin
Si tu veux explorer ça dans ton corps, tu peux rejoindre une de mes séances de Yoga et Sophro Yoga (mardi soir à Bry-sur-Marne) ou t'inscrire au cycle en ligne "Chasser le brouillard mental" — où on travaille précisément sur ce type de tension chronique, à la croisée du corps et des émotions.
Et si tu veux juste commencer par là : allonge-toi. Genoux fléchis. Respire. Dix minutes. Le reste peut attendre.